La coccinelle, un sympathique petit char d’assaut volant [2ème mot de la promo]

Proposé par Valérie BILHAUD, Noémie BROUILLARD et Sébastien CHAVENTRE
Éco-conseillers en formation du Mastère Spécialisé® éco-conseiller, Promotion 35

1. Son mode de vie

Les coccinelles sont des insectes, qui font partie de la famille des coléoptères. Pour comprendre son mode de vie, partons de l’anatomie de ce petit blindé volant, qui comme tous les insectes se compose de trois parties :

  • La tête, petite et dans l’alignement parfait de la courbure du reste du corps, est dotée d’antennes et de mandibules ;
  • Le thorax, où sont fixé ses 2 paires d’ailes (dont 1 seule est apte au vol) et ses 3 paires de pattes. C’est justement ce nombre de paires de pattes qui la fait appartenir à la famille des insectes ;
  • Enfin l’abdomen, qui est bien protégé sous sa carapace lorsque l’insecte n’est pas en vol.
Schéma de description d'une coccinelle

Coccinellidae anatomie. Source : Wikimedia Commons 

Et à ses 3 parties servant traditionnellement à décrire un insecte, permettons-nous de nous attarder sur une autre. Car si une seule paire d’aile est apte au vol, où est passé la 2ème paire ?

Les élytres

Elle est là, sous nos yeux : il s’agit de sa belle carapace colorée. Pour protéger les ailes postérieures dédiées au vol, la paire d’aile antérieure s’est rigidifié au cours de l’évolution pour devenir ce magnifique bouclier rouge, noir ou jaune. Ces ailes « boucliers », on les appelle les élytres.

Dans cette description, rien de nouveau direz-vous. Mais vous êtes-vous déjà demandé pourquoi elles sont ainsi ? Car comme les fleurs, l’évolution n’a pas fait les coccinelles ainsi pour agrémenter nos vies… Même si colorées et toutes en courbes, elles sont effectivement parmi nos insectes préférés.

Pas non plus pour le plaisir de nos yeux ?

Et non, car ces couleurs permettent d’informer ses prédateurs potentiels qu’il vaut mieux s’abstenir de la manger. Et quand l’un d’eux décide de quand même les goûter, juste pour être sûr, il se rappellera très bien de l’insecte qui lui a valu de tels maux de ventres, et s’abstiendra à l’avenir !

On parle d’aposématisme quand la toxicité est affichée à travers un signal visuel, sonore ou olfactif.

C’est une forme de protection collective, qui au prix de la perte de quelques individus, permet à l’ensemble de l’espèce d’être laissée en paix.

Et leur forme si agréable, quel rapport avec leurs prédateurs me direz-vous ?

Le rapport est direct, mais pour y répondre faisons un détour par leurs mandibules. Car si les coccinelles sont de magnifiques insectes pour nous, leurs puissantes mandibules indiquent clairement qu’elles sont de redoutables prédateurs pour leurs proies.

Leur alimentation

Même si certaines espèces peuvent se nourrir de spores de champignons, de nectar ou de débris végétaux, celles que nous voyons habituellement préfèrent largement de petits insectes, et surtout les pucerons qui représentent la majorité de leur alimentation. Or, qui dit pucerons dit fourmis ! Qui n’apprécient pas du tout que l’on s’attaque à leur cheptel, qu’elles protègent car il produise du miellat dont elles se nourrissent.

C’est de cette compétition entre les fourmis et les coccinelles que la forme de ces dernières prend tout son sens. Une fois plaquée au sol, elles n’offrent plus aucune prise aux puissantes mandibules de leurs rivales.

2. Les espèces envahissantes

En Europe, il semblerait que l’espèce exotique invasive Harmonia axyridis, d’origine chinoise, soit arrivée via l’intervention humaine. Cette invasion a été accidentelle, par le biais de l’INRA dans les années 1980, puis par relâchement d’un laboratoire belge dans les années 1990. Les chercheurs s’y sont intéressés car ces auxiliaires des jardiniers ont un appétit plus vorace que leurs cousines indigènes : entre 90 et 270 pucerons au menu par jour pour les coccinelles asiatiques contre une maigre cinquantaine pour les indigènes. Bien qu’au départ il semblait qu’elles ne résisteraient pas au climat hivernal européen, elles se sont échappées et ont prospéré, pour finalement s’imposer en Europe, où l’on a constaté une baisse des populations indigènes.

Écarquillons bien les yeux pour les distinguer ! Le nombre de points à lui seul ne suffit pas pour savoir à qui l’on a affaire : certains pensent qu’il aide à déterminer leur âge (elles peuvent vivre jusqu’à 3 ans) mais n’en est rien. Bien que les indigènes aient le plus fréquemment soit 2 ou 7 points, les asiatiques en ont entre zéro et une vingtaine. Les exotiques ont une taille plus généreuse, mais là encore il faut avoir deux spécimens d’espèces différentes en face de soi pour bien juger.

Coccinelle asiatique

Coccinelle au stade adulte. Source : Wikipedia

Pour les différencier fiez-vous plutôt à leur brillance : les exotiques reflètent plus la lumière, tandis que les indigènes ont une carapace mate et une forme globale plus ronde. Concernant leur comportement, dès que les températures baissent à l’automne, les espèces asiatiques se regroupent dans les lieux chauds tels que les parois internes des fenêtres des maisons et émettent des phéromones, qui sont des substances odorantes, afin de rameuter leurs congénères et se tenir chaud, tandis que les indigènes cherchent des lieux à l’abri sous des pierres, dans du bois mort ou sous des feuilles, en solo ou en plus petit comité. Enfin, certaines personnes dont le domicile est envahi peuvent développer une allergie aux coccinelles exotiques, qui peuvent par ailleurs produire une odeur nauséabonde quand elles se sentent menacées.

Entre les indigènes et les exotiques, peut-on parler de cohabitation ou de prédation ? La réponse est complexe.
Les coccinelles exotiques se nourrissent volontiers d’œufs et de larves de coccinelles indigènes si elles sont sur leur chemin. Quand elles ne sont pas dévorées par leurs cousines, les coccinelles indigènes voient leur quantité de nourriture disponible particulièrement réduite. Enfin, il semblerait que les œufs de coccinelles exotiques contiennent parfois des parasites qui sont fatals aux coccinelles indigènes si elles s’en nourrissent.

Cependant, malgré une forte baisse de leur population constatée ces dernières années, certains scientifiques, dont Arnaud Estoup de l’INRA, sont persuadés que la diversité des espèces de coccinelles n’est pas menacée, car 60 % des espèces indigènes sont toujours là. Il se pourrait qu’un équilibre soit en train de se mettre en place, démontrant encore une fois l’extrême résilience dont les êtres vivants sont capables.

3. Les coccinelles en France : des insectes adorés pour leur impact bénéfique sur l’agriculture

Malgré l’existence d’espèces envahissantes, les coccinelles demeurent des insectes qui captivent l’imaginaire de nombreux Français avec leurs couleurs vives et leur petite taille. Mais leur charme va bien au-delà de leur aspect esthétique. En France, ces petites créatures jouent un rôle vital dans l’écosystème, en particulier dans l’agriculture, ce qui les rend dignes d’un amour inconditionnel.

L’une des raisons principales pour lesquelles nous adorons les coccinelles en France est leur impact positif sur l’agriculture. Les agriculteurs et les jardiniers les considèrent comme de précieux alliés. Pourquoi ? Parce que les coccinelles sont de redoutables prédatrices de certains ravageurs agricoles.

Lutte naturelle contre les ravageurs

Les coccinelles sont des prédatrices voraces de pucerons, de cochenilles, et d’autres insectes nuisibles aux cultures, en revanche, il est surprenant de constater que ses larves sont encore plus insatiables et peuvent manger jusqu’à 150 pucerons par jour lorsqu’elles atteignent le quatrième stade de leur développement ! Leur appétit vorace pour ces ravageurs fait d’elles des insectes bénéfiques pour l’agriculture. Les pucerons, par exemple, sont l’une des principales menaces pour de nombreuses cultures en France. Ils se nourrissent de la sève des plantes et peuvent transmettre des maladies. Cependant, les coccinelles se régalent de ces pucerons, les éliminant de manière naturelle et efficace.

En France, où l’agriculture est un pilier économique, la présence des coccinelles contribue à réduire la dépendance aux pesticides. Les agriculteurs qui intègrent des coccinelles dans leurs pratiques agricoles peuvent maintenir des cultures plus saines tout en réduisant l’utilisation de produits chimiques potentiellement nocifs pour l’environnement et la santé humaine. Cela représente un double avantage : une agriculture plus durable et une protection de l’environnement. 

Pucerons, coccinelle et rosiers

Coccinelles, pucerons et rosiers

Économie et biodiversité

L’impact positif des coccinelles sur l’agriculture en France est également lié à des enjeux économiques importants.
La préservation des cultures est essentielle pour l’économie agricole du pays, et les coccinelles, en tant que prédateurs naturels, contribuent à réduire les pertes de récoltes. Cela se traduit par des économies pour les agriculteurs et la garantie d’une offre alimentaire plus stable pour les consommateurs.

Outre leur rôle économique, les coccinelles sont des gardiennes de la biodiversité. Leur présence dans les écosystèmes agricoles contribue à maintenir un équilibre naturel, en évitant la prolifération de ravageurs. Elles sont ainsi un maillon crucial de la chaîne alimentaire, nourrissant d’autres prédateurs résistants à leur toxicité, comme les oiseaux insectivores. La présence de coccinelles est le signe d’un écosystème en bonne santé.

Mot de la promo : Valérie BILHAUD, Noémie BROUILLARD et Sébastien CHAVENTRE | P35 ; 13 novembre 2023

Bibliographie

Sources :

  • Soares, A. O., Honěk, A., Martinkova, Z., Brown, P. M., & Borges, I. (2018). Can native geographical range, dispersal ability and development rates predict the successful establishment of alien ladybird (Coleoptera : Coccinellidae) species in Europe ?. Frontiers in Ecology and Evolution, 6, 57.
  • Zoé Mallet, Effet des pratiques agricoles sur une communauté d’insectes utiles (les coccinelles), à l’échelle de la parcelle et du paysage, 2013 Consulté le 31/10/23
  • C Tourneur, L’utilisation des coccinelles prédatrices en lutte biologique, 1970, p.97 à 107. Consulté le 31/10/2023
  • Audrey CHAUVET. 20 Minutes – Des coccinelles à la place des pesticides, le « biocontrôle » est-il l’avenir de l’agriculture Française ? Consulté le 31/10/23
  • Aline NIPPERT, Le Monde – La coccinelle, un allié potentiellement rentable dans la lutte contre les ravageurs, consulté le 31/10/23
  • Nathalie GUELLIER, Le Monde – La coccinelle, un insecte des plus utiles au jardin, consulté le 31/10/23
  • La minute nature, D’une coccinelle à l’autre (n°356). Consulté le 31/10/23
  • Evans, E.W., Soares, A.O. & Yasuda, H. Invasions by ladybugs, ladybirds, and other predatory beetles. BioControl56, 597–611 (2011). Consulté le 01/11/2023
  • Cécile, Conso Globe, La coccinelle asiatique, cette « fausse amie » du jardin. Consulté le 01/11/2023
  • Clémentine Desfemmes, Gerbeaud, La coccinelle asiatique devient envahissante en Europe. Consulté le 01/11/2023
  • GT IBMA. 2016. Harmonia axyridis. Base d’information sur les invasions biologiques en milieux aquatiques. Groupe de travail national Invasions biologiques en milieux aquatiques. UICN France et Onema. Consulté le 01/11/2023
  • Anne-Corinne Moraine et Caroline Moreau, France 3 régions, Les coccinelles asiatiques se multiplient : quels dangers, comment les reconnaître ? Consulté le 01/11/2023
  • Anne-Corinne Moraine et Caroline Moreau, France 3 régions, Les coccinelles asiatiques pullulent : faut-il s’en inquitéter ? Consulté le 01/11/2023
  • « Coccinelle à sept points » : https://www.lpo.fr/decouvrir-la-nature/fiches-especes/fiches-especes/invertebres/coccinelle-a-sept-points Consulté le 01/11/2023
  • « Pourquoi les coccinelles ont elles des points sur leur dos ? » : https://www.maxisciences.com/nature/animaux/pourquoi-les-coccinelles-ont-elles-des-points-sur-leur-dos_art42819.html Consulté le 01/11/2023
  • « 20 faits surprenants sur les coccinelles » : https://jardinierparesseux.com/2019/05/23/20-faits-surprenants-sur-les-coccinelles/ Consulté le 01/11/2023