La résilience alimentaire de nos territoires : une utopie réaliste ?

1 Juin 2026 | 0 commentaires

La  résilience alimentaire

Le mot résilience est un terme récurrent depuis quelques années, mais que veut-il réellement dire? Et qu’est ce que la résilience alimentaire?

D’après la définition d’Olivier Hamant qui se base sur le vivant, la résilience est la capacité d’un système à revenir à une état d’équilibre après une perturbation 1. Une autre définition de la résilience est «une capacité à dépasser des situations contraignantes et risquées par une posture proactive anticipant un avenir meilleur. » 2

Être résilient c’est donc pouvoir s’adapter, plier comme un roseau sans rompre, et se préparer aux risques qui se présentent devant nous.

Les enjeux de la résilience alimentaire

Les enjeux liés à la résilience alimentaire sont variés et peuvent être d’ordre social, sanitaire, économique,  environnemental ou politique.

Un territoire résilient d’un point de vue alimentaire est un territoire en capacité de nourrir sa population grâce à la production produite localement, offrant à ses citoyens une alimentation saine et durable et la possibilité de manger à leur faim.

La mise en place d’un système résilient permet d’anticiper les éventuelles crises (environnementales, d’approvisionnement…) mais aussi de préserver l’environnement (les terres agricoles, la biodiversité, l’eau…)

Un système à réinventer

Cette réorganisation de la production et de la distribution revient à développer toute une filière économique au niveau local. Les agriculteurs sont évidemment au cœur du système et doivent être accompagnés dans cette transition (passage à l’agriculture biologique, diversification des cultures, nouvelles méthodes de gestion de l’eau…)

En fonction du nombre d’exploitants agricoles et des superficies disponibles, le recrutement de nouveaux agriculteurs ainsi que l’extension des terres arables peut s’avérer indispensable. À cela s’ajoute le développement d’une filière aval dédiée à la transformation, au transport ainsi qu’à la commercialisation de la production locale.

Pour finir, les consommateurs ont également un rôle à jouer car le cheminement vers la résilience alimentaire implique la modification des habitudes alimentaires (consommer moins de viande et davantage de végétal et de légumineuses) et d’achats.

État des lieux – France et Eurométropole de Strasbourg

La France dispose de grandes surfaces agricoles (43% de la surface du pays) mais la moitié de ces surfaces produisent pour l’exportation.  Une dépendance aux intrants (engrais et pesticides de synthèse existe) met à mal la richesse de nos sols et la biodiversité. En ce qui concerne notre alimentation, nous dépendons de nombreux pays répartis aux quatre coins du monde et le contenu de notre assiette vient souvent de loin.

L’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur (union de pays d’Amérique du Sud dont le Brésil, l’Argentine le Paraguay et l’Uruguay) récemment conclu aggrave la situation : le libre échange va permettre d’importer des produits peu chers mais de qualité difficilement contrôlable, qui viendront concurrencer les production française.

De plus, les exploitations agricoles sont de plus en plus grandes, encouragées par la Politique Agricole Commune (PAC) qui subventionne en fonctionne de la surface. L’âge moyen des agriculteurs tourne autour de 50 ans et comme la retraite approche, cela pose la question de leur remplacement. L’industrialisation des fermes et la spécialisation des cultures ont mis à mal les sols et la biodiversité. Ce système agricole mondialisé fragilise la résilience en créant de nombreuses dépendances.

Le territoire de l’EMS quant à lui compte 12 500 ha de Surface Agricole Utile (SAU) soit 1/3 du territoire (vs 54% au niveau national) et du fait de la forte urbanisation du territoire, les exploitations sont plus petites que la moyenne nationale et de type plutôt périurbain. Les 3/4 de la SAU sont dédiés aux grandes cultures céréalières et moins de 2% sont en agriculture biologique (vs 10% au niveau national).

Actions de l’EMS et de ses partenaires

Afin d’innover et gagner en résilience alimentaire, l’EMS s’est doté d’une Projet Alimentaire territorial (PAT) depuis 2021. La vision du PAT est de « Favoriser l’alimentation saine, accessible à toutes et tous dans le respect des écosystèmes en faveur de l’économie locale, pour une plus grande résilience alimentaire du territoire».3

C’est une démarche de rencontre, d’information et d’action qui est co-construite avec les principaux acteurs de la chaîne alimentaire, de la production à la consommation. La gouvernance est partagée au sein du comité partenarial, qui oriente, décide et met en œuvre des projets multi-partenariaux.

L’une des missions du PAT est de parvenir a une plus grande résilience du territoire. Pour cela, l’EMS lance en 2024 le projet « Résilience alimentaire et sécurité civile ». Les membres du comité partenarial alimentation sont sensibilisés au risque de rupture d’approvisionnement alimentaire en cas de chocs,qu’ils soient ponctuels (événement climatique, géopolitique, sanitaire…) ou structurels (lié au changement climatique, à l’effondrement de la biodiversité…).
Pour cela, ils prennent notamment part à un jeu immersif intitulé : « Penser et organiser la résilience alimentaire des territoires ».

Nous avons eu l’occasion d’assister à ce jeu immersif le 3 décembre 2025 avec les élus de l’EMS et différents partenaires membres du comité partenarial (Aide alimentaire, Grandes surfaces, associations, DRAAF, Region Grand Est, CRESS Grand Est etc…).

Le scénario du jeu est le suivant : nous sommes en février 2025. Une tempête de grande envergure a bloqué les routes et coupé les lignes électriques. Chaque participant joue un rôle avec des enjeux différents, et au fil des étapes du jeu, le collectif doit trouver des solutions pour rétablir l’approvisionnement. Si au départ le sentiment d’urgence prédomine, petit à petit les équipes s’organisent, proposant des solutions aux impacts variés. A la fin du jeu, le debriefing permet de mettre en évidence l’importance de la préparation en amont, afin de pouvoir se mettre en action le plus rapidement possible.

Grâce à ce jeu immersif offrant une vision systémique des enjeux, chaque membre du comité partenarial peut prendre la mesure de son rôle à jouer dans l’écosystème et se rendre compte qu’il fait partie d’un tout.

Conclusion

Ce plan alimentaire territorial a le mérite d’exister et l’EMS se distingue en faisant preuve de proactivité sur le sujet.
Cela dit, au vu du nombre d’habitants et de la superficie des terres arables disponibles sur son territoire, l’autonomie alimentaire ne pourrait être envisageable qu’en changeant d’échelle pour passer à celle de la Région Grand Est.

Ainsi, bien que la résilience alimentaire ne semble pas être un projet utopique, sa mise en œuvre suppose une coopération élargie, un changement d’échelle et une transformation profonde de nos modèles de production, de distribution et de consommation.

Un projet complexe mais une nécessité stratégique pour répondre aux enjeux liés aux dérèglement climatique et à l’instabilité politique auxquels fait face notre société.

Par Carole ZIEGLER et Anca MOINA KARTAL, étudiantes en Mastère spécialisé® ECO-Conseil P37

Bibliographie :

  1. Hamant.O (2022) La troisième voie du vivant, Odile Jacob
  2. Rastoin.J-L, (2020) Crises sanitaires, résilience et refondation des systèmes alimentaires [Editorial]., Systèmes alimentaires / Food Systems 2020, n° 5, 5, pp.17-31. ⟨10.15122/isbn.978-2-406-11062-0.p.0017⟩. ⟨hal-03031701⟩)
  3. Le PAT de l’EMS datant de 2024 : Projet alimentaire de l’Eurométropole de Strasbourg – 3ème édition novembre 2024
  4. Terre de Liens (2025), « Souveraineté alimentaire : un scandale made in France », https://ressources.terredeliens.org/les-ressources/souverainete-alimentaire-un-scandale-made-in-france-synthese-rapport-4 

Credits photos : Freepik pour la photo sur la première page de l’article, Carole Ziegler pour les photos de l’atelier RADIS

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