Transition écologique : les filières bois sont-elles bien enracinées ?

INTRODUCTION

Le bois est depuis longtemps associé aux transitions écologiques : ressource renouvelable par excellence, il est de plus en plus sollicité dans la construction, l’industrie et l’énergie comme alternative aux matériaux et énergies fossiles.

Son essor est vu comme un soutien à la transition climatique et au renforcement de la souveraineté française en matière d’approvisionnement.

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1. Arbre mort

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Essentielles pour les stratégies bas-carbone, les forêts françaises jouent aussi un rôle clé pour la biodiversité. Mais l’augmentation des prélèvements de bois entre en tension avec leur préservation.

Fragilisées par le changement climatique, les monocultures et la hausse des usages, elles montrent les limites de la ressource, rendant nécessaire une meilleure coordination et des arbitrages entre protection, production durable, construction et usages énergétiques.

LA FORÊT FRANÇAISE : UNE RESSOURCE IMPORTANTE DE PLUS EN PLUS VULNÉRABLE

La forêt couvre aujourd’hui près de 32 % du territoire métropolitain, contre 19 % au début du XXᵉ siècle, témoignant d’un intérêt croissant pour la filière bois-forêt et récemment d’une déprise agricole. Toutefois, cette expansion masque une forte dégradation de l’état des forêts liée au changement climatique : les sécheresses répétées fragilisent les arbres qui sont plus sensibles aux ravageurs et aux maladies.

Ainsi dans l’Est,  un tiers des forêts d’épicéas a été détruit par les scolytes, une larve de coléoptère entre 2018 et 2022. Hêtres, sapins, frênes, ormes, châtaigniers sont devenus particulièrement vulnérables. Globalement, la mortalité des arbres a augmenté de 125 % en dix ans (1) et le risque d’incendies s’est fortement accru, illustrant la vulnérabilité croissante des forêts françaises.

Forêt de résineux_P37

2. Forêt de résineux

Certaines pratiques sylvicoles comme la monoculture intensive ont participé à cette fragilisation : dans des peuplements denses et peu diversifiés, la contamination par un pathogène peut se propager plus rapidement. Des coupes rases sont alors pratiquées, ce qui dégrade les sols fragilisés par leur faible biodiversité (tassement, lessivage… qui compromettent le renouvellement forestier).

Au-delà des impacts économiques, sociaux et écologiques, cette dégradation limite la capacité des forêts à atténuer le changement climatique : en plus de la hausse de la mortalité, le manque d’eau ralentit la croissance des arbres et donc leur capacité à absorber du carbone. Selon l’Académie des sciences, le puits de carbone forestier français aurait perdu 20 % de son efficacité en dix ans.

 

UNE DEMANDE ÉCONOMIQUE EN FORTE HAUSSE S’AJOUTE À CES PRESSIONS

Alors que les forêts deviennent plus vulnérables, la demande en bois continue d’augmenter. La construction, l’ameublement, les palettes et surtout le bois-énergie sont de plus en plus sollicités, car justement perçus comme des solutions face au changement climatique.

Dans ce contexte de hausse, la demande en bois devrait encore fortement augmenter dans la plupart des secteurs d’ici 2050 : +33 % pour le bâtiment, +29 % pour l’ameublement, +18 % pour l’emballage et +13 % pour le bois-énergie, tandis que celle du papier reculerait de 5 % (2). Sachant que la volonté est aussi de réduire les importations, c’est une ruée sur le bois.

Or, la production de biomasse ralentit et tout le bois produit trouve déjà preneur. Et le bois généré n’est pas de qualité industrielle ou compatible avec  une gestion durable. Cette pression toujours plus forte sur les forêts françaises laisse prévoir des tensions entre les usages.

Chaudière bois_P373. Chaudière bois


FAUT-IL HIÉRARCHISER LES USAGES DES FORÊTS ET DU BOIS ?

Les filières forêt-bois réunissent des acteurs aux usages et intérêts parfois divergents. La diversification des essences est essentielle pour renforcer la résilience des forêts face au changement climatique et préserver la biodiversité, ce qui implique de maîtriser la pression économique et de limiter les monocultures intensives. La construction, elle, privilégie les résineux standardisés. Les feuillus pourtant majoritaires, restent pour leur part sous-valorisés. En même temps l’industrie et le bois-énergie entrent en concurrence pour une ressource dont le caractère renouvelable est menacé.

Face à la multiplicité de ces enjeux, la coordination entre acteurs semble insuffisante. Les logiques sectorielles rendent difficile l’identification d’intérêts communs ou d’arbitrages collectifs sur les usages. Il devient donc indispensable de se doter d’une vision transversale capable d’orienter ces choix.

Dans cette perspective, une hiérarchisation des usages du bois pourrait être définie. Elle pourrait prioritairement favoriser ceux qui permettent un stockage long du carbone, en premier lieu la construction et l’ameublement, où le carbone est immobilisé sur plusieurs décennies.

Les usages à durée de vie plus courte, comme le papier-carton (recyclable et renouvelable) trouvent ensuite leur place, avant le bois-énergie, qui ne devrait intervenir qu’en débouché ultime pour les bois non valorisables autrement. La mise en place d’un cadre normatif de hiérarchisation des usages (de l’amont forestier à l’aval industriel) apparaît ainsi comme une piste structurante, intégrant explicitement l’objectif de renforcement de la souveraineté française sur la ressource bois.

Un tel cadre nécessiterait une gouvernance dédiée, incarnée par une instance de médiation forêt-bois jouant un rôle de ressource, de supervision et d’arbitrage entre acteurs, afin d’assurer une vision de long terme cohérente et partagée.

Charpente_P374. Charpente

FAVORISER DES APPROCHES PLUS AGILES ET INNOVANTES DE LA GESTION FORESTIÈRE
ET DE L’EXPLOITATION DU BOIS

Le principe de la hiérarchie existe déjà dans la gestion des déchets, où la valorisation arrive en dernier lieu avant l’élimination. Le réemploi est un mode de traitement priorisé mais il n’existe pas encore de filière spécifique au remploi en tant que tel. Aujourd’hui, un entrepreneur ou un artisan du bois ne bénéficie pas d’une filière structurée de ressources à réemployer.

À l’évidence, les arbres ne pousseront pas aussi vite que les filières ne le souhaiteraient. Afin d’exploiter au mieux les ressources disponible de manière plus pérenne, de nombreux acteurs appellent à une rupture dans les pratiques de gestion forestière. Aujourd’hui, celle-ci est marquée par une grande diversité d’intervenants et un fort morcellement des parcelles.

Les forêts françaises sont majoritairement privées, gérées par des coopératives, des petits propriétaires, l’ONF et des industriels, ce qui rend difficile l’élaboration d’une stratégie cohérente à l’échelle nationale. Les grandes structures, comme l’ONF, expérimentent de nouveaux modèles face au changement climatique, mais leur adaptation reste progressive, ouvrant la voie à des initiatives alternatives.

Des collectifs citoyens, associations et réseaux locaux se mettent en réseau (Forêts partagées par exemple) ou testent déjà des modèles alternatifs de sylviculture écosystémique (Sylv’ACCTES, Vigotte Lab,…), de reforestation (Semeurs de Forêts), de libre évolution des forêts (États Sauvages) ou acquièrent directement du foncier afin de développer à grande échelle ces pratiques plus vertueuses (Cerf Vert)

Abatteuse_P375. Abatteuse

 

ONF-Forêt mosaïque

ONF – Forêt mosaïque

Proposé par Nicolas CAILLAT et Florian CARAYOL
Étudiants du Mastère Spécialisé® Éco-conseiller | P37

BIBLIOGRAPHIE

(1) Centre de ressources pour l’adaptation au changement climatique, Forêt : sauver notre meilleure alliée face au climat 9 juillet 2024).

(2) ING FCBA, Projections des disponibilités en bois et des stocks et flux de carbone du secteur forestier français, mai 2024

Sénat, Une filière qui sort du bois. La compétitivité de la filière bois française, 9 juillet 2025

Remerciement à Thibaud Surini de Fibois Grand-Est qui s’est rendu disponible pour un entretien.

CRÉDITS PHOTOGRAPHIQUES

(1) wirestock – Tronc nu dans la forêt,
https://fr.freepik.com/photos-gratuite/tronc-nu-dans-foret_13319473.htm#fromView=keyword&page=1&position=4&uuid=a29e4194-5c40-4e48-b8eb-ca266b847690&query=Eclair+forestier

(2) Wirestock – Low angle shot of autruche fougère poussant dans le sol d’une forêt d’épinettes-sapins – https://fr.freepik.com/photos-gratuite/low-angle-shot-of-autruche-fougere-poussant-dans-sol-foret-epinettes-sapins_8281876.htm#fromView=keyword&page=1&position=0&uuid=2da6fb92-73e4-44f3-9372-9074ca67b56f&query=Foret+hetres

(3) pvproductions – Un homme dans une pièce avec une chaudière à combustible solide, travaillant au biocarburant, chauffage économique – https://fr.freepik.com/photos-gratuite/homme-dans-piece-chaudiere-combustible-solide-travaillant-au-biocarburant-chauffage-economique_19398839.htm#fromView=keyword&page=1&position=0&uuid=11cd78cd-e1f2-46cb-b57e-76618fa7b1dc&query=Forne+a+bois+a+batterie

(4) freepik – Vue du chantier de construction moderne – https://fr.freepik.com/images-ia-gratuites/vue-du-chantier-construction-moderne_154036532.htm#fromView=keyword&page=1&position=0&uuid=c32e56b9-eaca-4c5a-8389-6cb0719ba648&query=Charpente

(5) masplashti – Landkreis Calw, Baden-Württemberg, Deutschland – https://unsplash.com/fr/photos/abatteuse-forestiere-travaillant-dans-une-foret-dense-FRir46kCmxU

(6) ONF – infographie la « forêt mosaïque » https://www.onf.fr/vivre-la-foret/%2B/8e4 ::infographie-la-foret-mosaique-une-nouvelle-sylviculture-face-au-changement-climatique.html