Éco-conseillère en action : Isabelle co-fondatrice d’un traiteur local, bio et zéro-déchet

27 Mai 2026 | 0 commentaires

Alors que le monde traversait l’incertitude de la pandémie mondiale de Covid-19, un projet résolument tourné vers l’avenir voyait le jour : « La Cuisine de Demain ». Derrière ce nom prometteur se dessine une vision engagée de l’alimentation, respectueuse de l’environnement, ancrée dans son territoire et attentive à la santé comme au plaisir des papilles. Porté par une éco-conseillère et un restaurateur engagé, ce traiteur alternatif propose une offre exclusivement bio, locale et zéro déchet.

Après une carrière dans l’industrie agroalimentaire, Isabelle Carrere s’est reconvertie en 2020. Cette éco-conseillère de la promotion 31 nous présente son projet, une initiative inspirante, porteuse de sens et tournée vers l’avenir.

De quel constat êtes-vous parti pour imaginer le concept de La Cuisine de Demain ?

La Cuisine de Demain est née d’une volonté simple : redonner à chacun et chacune du pouvoir sur son bilan carbone. Aujourd’hui, l’alimentation représente 23% du bilan carbone des Français, soit presque autant que les transport ou l’habitat. La différence réside dans le fait que manger est un acte quotidien sur lequel nous avons davantage la main.

Je m’explique. Si tu es locataire d’un appartement, tu peux savoir qu’il est mal isolé, mais tu ne peux pas forcément agir dessus. Pour les transports, même si tu sais que le vélo est préférable, c’est compliqué si tu as une demi-heure de trajet matin et soir. Avec l’alimentation, on a plus de marge de manœuvre, du moins à la maison. Mais dès que l’on mange à l’extérieur, cette maîtrise disparaît. On a rarement envie de se poser la question de l’impact carbone de son repas au restaurant.

C’est justement pour ce dernier cas de figure que nous avons voulu proposer une alternative, avec Stéphane, en créant La Cuisine de Demain.

Comment le projet La Cuisine de Demain est-il né et comment s’est construite votre collaboration ?

L’idée de départ vient de Stéphane, mon associé. Il avait déjà eu de l’expérience dans la restauration, mais sa conscience environnementale l’a poussé à agir. Après sa reconversion, il souhaitait créer un projet de restauration vertueuse et m’a proposé de rejoindre l’aventure dans le cadre de ma mission professionnelle du Mastère Spécialisé® Éco-conseiller.

J’ai été chargé d’une mission très concrète : analyser ce qu’est un repas réellement vertueux par rapport à un repas à fort impact environnemental, puis construire à partir de cette analyse, un modèle économique viable autour de cette proposition.

Notre complémentarité s’est alors imposée naturellement : lui dans l’idée et la vision, moi dans la structuration et la mise en pratique. C’est ainsi que La Cuisine de Demain a vraiment pris forme et que j’ai directement rejoint le projet après le Mastère Spécialisé® Éco-conseiller en tant que co-directrice.

Avant de devenir traiteur à plein temps, La Cuisine de Demain proposait principalement des repas individuels en bocaux ?

Oui, tout à fait ! Le projet a d’abord démarré avec des repas individuels en bocaux, principalement végétariens mais pas seulement. Pendant les périodes de confinement, ce format fonctionnait très bien : les clients se faisaient livrer à domicile à vélo, via Koogloff, la plateforme de livraison éthique de Strasbourg. Nous étions également présents dans des épiceries vrac et chez Biocoop.

Avec le temps, ce modèle est devenu plus complexe à gérer, notamment sur le plan logistique, et il nous tenait aussi à cœur de nous rapprocher davantage des clients.

Nous nous sommes donc progressivement orientés vers une offre de buffets en entreprise, et cela a très vite fonctionné ! Il y avait peu de traiteurs aussi engagés que nous sur le marché : beaucoup proposaient des produits “responsables”, mais jamais avec une démarche aussi cohérente sur l’ensemble de la chaîne de production.

Depuis 2026, nous préférons nous présenter comme un traiteur alternatif plutôt qu’engagé, afin de mettre en avant le caractère à contre-courant de notre modèle, dans un contexte où l’engagement est devenu si répandu qu’il en perd, selon nous, toute singularité.

Alors, en quoi votre offre est-elle réellement alternative ?

Être alternatif, c’est adopter une démarche engagée et cohérente à chaque étape de l’activité traiteur. Concrètement, cela se traduit par une offre composée de produits bruts, majoritairement végétariens, issus d’un rayon d’environ 100 kilomètres autour de Strasbourg.

Cette approche répond à plusieurs objectifs : réduire l’empreinte carbone liée à une consommation excessive de viande, démontrer qu’il est possible de se régaler et de se sentir rassasié grâce aux ressources locales, et, enfin, montrer que l’ensemble des acteurs du secteur pourrait s’inscrire dans cette dynamique.

En encourageant une montée du niveau d’exigence, nous affirmons que ce sont avant tout les consommateurs qui ont le pouvoir de faire évoluer l’offre.

Vous mettez aussi en avant une forte dimension bio et solidaire ?

En effet. Environ 95 % de nos produits bruts sont issus de l’agriculture biologique, soit près d’une centaine d’aliments différents. Nous travaillons notamment avec des coopératives strasbourgeoises comme Solibio. Nous proposons également des vins bio issus principalement de viticulteurs en reconversion professionnelle. C’est un choix assumé, car nous savons que le lancement d’une activité est souvent difficile. Les accompagner fait partie de notre engagement.

Par ailleurs, je suis ambassadrice de la région Grand Est dans le cadre du programme européen Réflexe Bio, soutenu par l’Agence Bio.

Et la question du zéro déchet ?

Enfin, tous nos plateaux repas sont conçus selon une logique zéro déchet. Cela passe par des bocaux et verres en verre, des couverts en inox, une serviette en tissu, le tout présenté dans une boîte en bois fabriquée spécialement pour nous.

Nous tenons à une démarche de véritable zéro déchet, par opposition à certaines offres dites “responsables” qui reposent encore sur des contenants jetables et compostables.

Cette promesse zéro-déchet, implique donc forcément une logistique importante ?

C’est le contre-coup oui. Chez les traiteurs traditionnels, les déchets sont généralement laissés chez le client, puis jetés ou recyclés. De notre côté, nous récupérons tout : aussi bien les contenants que les biodéchets. Les bocaux, verres et couverts sont réutilisables, mais cela implique un cycle de lavage systématique entre chaque utilisation. Cela nécessite évidemment du personnel dédié et donc un coût supplémentaire.

Pour les biodéchets, nous avons mis en place un partenariat avec SIKLE, une entreprise strasbourgeoise qui les collecte pour les valoriser auprès d’agriculteurs locaux.

Et la boucle est bouclée : rien ne se perd, tout est réutilisé ou revalorisé.

« Notre modèle n’est pas cher en soi. C’est juste qu’il est (malheureusement) toujours plus économique de faire n’importe quoi »

De ce que je comprends, être traiteur alternatif génère des coûts fixes, comment restez-vous attractif et accessible ?

C’est une question qui revient souvent, et ma réponse est toujours la même : Notre modèle n’est pas cher en soi, c’est juste qu’il est (malheureusement) toujours plus économique de faire n’importe quoi. Par exemple, cuisiner de vrais produits bruts demande du temps et du travail, alors que des produits transformés sont 3 à 4 fois moins chers, mais aussi 3 à 4 fois moins qualitatifs sur le plan nutritionnel.

De notre côté, nous avons fait le choix de la qualité et du fait maison. Oui ça engendre des coûts humains supplémentaires mais le fait d’être principalement végétarien nous permet aussi de maîtriser certains coûts de matières premières. Nous ne proposons pas de viande rouge par exemple un produit très onéreux. On privilégie des plats à bases de poulet et de truite.

Nous avons également été soutenus au démarrage par un prêt à taux zéro et par des synergies avec l’autre restaurant de mon associé, ce qui nous a permis d’équilibrer la trésorerie, notamment sur des périodes saisonnières plus creuses.

Enfin, notre modèle repose sur très peu d’intermédiaires, ce qui limite les marges cumulées et nous permet de garder des prix plus justes. C’est aussi pour cela que nous avons choisi de rester sur une activité de traiteur plutôt que d’aller vers la grande distribution.

Donc en somme, nos tarifs restent dans la moyenne du marché, et nos clients adhèrent à la démarche et à ce qu’elle représente. Et les chiffres le confirment : nous livrons en moyenne 15 000 bocaux et 2 500 plateaux repas par an.

Et qui constitue votre clientèle actuellement ?

Aujourd’hui, notre clientèle est composée à 95 % de professionnels. Nous intervenons principalement sur des événements d’entreprise. Nous proposons une offre de traiteur classique : petits-déjeuners, pause-café, déjeuners et dîners, sous forme de plateaux repas, buffets ou cocktails.

Nos clients nous choisissent avant tout pour nos engagements. Nous sommes rarement en concurrence directe avec des traiteurs traditionnels, car la démarche responsable est souvent un critère de sélection dès le départ. Cela peut venir de l’ADN de l’entreprise organisatrice, mais c’est aussi beaucoup de la sensibilité personnelle de la personne en charge de l’événement.

En 6 ans d’activité, est-ce que tu as remarqué une évolution des mentalités et de l’engagement environnemental ?

Oui, complètement. La principale évolution que j’ai observée concerne la montée en puissance de l’offre végétarienne. Aujourd’hui, de plus en plus de restaurants proposent de vrais plats végétariens, et plus seulement des “accompagnements”. Même de grands acteurs comme Disneyland Paris, McDonald’s ou Burger King ont développé une offre végétarienne.

Cette évolution est principalement portée par la demande des consommateurs. Les restaurateurs suivent simplement une tendance déjà bien installée dans les habitudes de consommation.

En revanche j’ai remarqué que les restaurants 100 % végétariens peinent encore à trouver leur public. À mon sens, cela s’explique par le côté parfois clivant des étiquettes : dès qu’on enferme une offre dans une catégorie, on risque de créer des freins.

Pour nous, un plat végétarien doit simplement être un bon plat, au même titre qu’un plat de viande ou de poisson. C’est pour cela que La Cuisine de Demain propose une carte majoritairement végétarienne, mais pas exclusivement.

Et cette dynamique de l’offre végétarienne, penses-tu qu’elle puisse s’étendre au bio ?

J’espère, et il me semble que c’est bien partie. Le baromètre de la consommation et de la perception des produits biologiques 2026 montre que 59 % des Français déclaraient consommer du bio au moins une fois par mois en 2025, soit une hausse de 5 % par rapport à 2024.1
La principale motivation est la santé, et ce malgré la situation économique que l’on connait toutes et tous. Comme pour le végétarien, si la demande continue d’augmenter, la restauration n’aura d’autre choix que de s’adapter.

Pour finir, peux-tu nous expliquer le choix du nom “La Cuisine de Demain” ?

C’est un nom qui s’est imposé assez intuitivement au début du projet. Nous avons ensuite cherché d’autres alternatives, mais aucune ne traduisait aussi bien notre vision. “La Cuisine de Demain” reflète ce que nous voulons être : un traiteur qui permet à chacun de bien manger aujourd’hui pour mieux vivre demain. C’est notre slogan d’ailleurs !

Cela passe par une alimentation saine, à base de produits de qualité, issus de producteurs locaux et bio, tout en proposant une alternative respectueuse de l’environnement. Et pour nous, cet accès doit être possible pour tous, quel que soit le niveau de revenu.

C’est dans cette logique que nous nous sommes rapprochés des Restos du Cœur afin de proposer des repas solidaires chaque semaine. Concrètement, les entreprises réalisent des dons, nous prenons en charge la production ainsi que les coûts fixes (personnel, logistique, etc.), et les repas sont ensuite distribués par les associations, qui établissent les reçus fiscaux pour les donateurs. Cela crée une boucle vertueuse où chacun joue un rôle et où l’impact du don est concret et visible.

À ce jour, nous avons déjà produit plus de 15 000 repas solidaires.
Pour nous, l’engagement dans la transition écologique ne concerne pas uniquement l’environnement, il s’agit aussi d’un engagement social fort.

Ressources citées :

1 – Le Baromètre de la consommation et de la perception des produits biologique – L’Obsoco

En savoir plus…

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Donnez-vous les moyens de mener efficacement votre transition socio-écologique